... Une plage par une nuit noire ...
... Des arbres battus par les vents marins ...
... Les feux-follets de plusieurs dizaines de torches ...
Une silhouette nimbée de lumière surplombait du haut d'une petite colline une scène d'agitation intense. Deux immenses pylônes légèrement incurvés se dressaient de part et d'autre d'une esplanade d'obsidienne. Plusieurs silhouettes alimentaient de nombreux chaudrons avec une substance noire et huileuse, chaudrons qui étaient montés à travers un système de poulies jusqu'à de hautes tours en bois disposées en plusieurs endroits de la grande plaine. Les ouvriers, de multiples races, s'activaient sous les ordres de contremaîtres hargneux.
Autour des pylônes, des équipes d'ouvriers montés sur des échafaudages de plus de 15m de haut finissaient d'enduire les multiples symboles cabalistiques gravés dans la pierre d'une sorte de cire blanche légèrement luisante.
Enfin, dans la plaine, en contrebas, l'on disposait d'immenses réceptacles de cuivre dans lesquels brûlaient la même huile noire que citée précédemment, en plusieurs séries d'immenses cercles concentriques.
Sur la colline, la silhouette sombre marmonnait d'un air satisfait. Ses ouvriers démontaient les échafaudages et se dispersaient au fur et à mesure de l'achèvement des travaux préparatoires.
Une heure passa, durant laquelle on termina les derniers préparatifs, et durant laquelle plusieurs hectolitres d'huile furent à nouveau consommés pour maintenir les feux allumés.
Puis la silhouette commença à incanter durant de longues minutes, dans un langage guttural. Les glyphes disposés sur les pylônes commencèrent à luire plus fortement, faisant craquer et se fissurer la cire qui les recouvraient. Le vent se leva, de plus en plus fort, menaçant d'éteindre les feux. Un contremaître qui s'en avisa se mit à aboyer des ordres à tout va pour maintenir les flammes.
Puis l'espace compris entre les deux pylônes commença à se distordre, à devenir flou, faisant apparaître un petit point entièrement noir, qui ne fit que s'agrandir jusqu'à remplir entièrement l'espace compris entre les deux colonnes, qui luisaient à présent de plusieurs lueurs aveuglantes.
Puis la silhouette sur la colline cessa d'incanter et déplaça les mains en traçant des gestes sinueux en direction des pylônes. Ses déplacements révélèrent sous son ample pélerine, une armure stylisée, elle aussi couverte de symboles qui luisaient d'une lumière pâle.
Le trou noir sembla à nouveau s'agiter et prit du volume, comme si quelque chose de noir et d'informe en sortait, comme une gigantesque tâche noir de 15 mètres de haut. La forme fit .... "quelques pas" .... même si elle donnait plus l'impression de glisser et n'avait pas l'air d'avoir de jambes, et s'avança au milieu de la plaine.
C'est à ce moment qu'elle sembla s'apercevoir des multiples braseros disposés autour d'elle, et elle siffla hargneusement. Evidemment, vu sa taille, ce sifflement se répercuta à travers toute la plaine et vrilla les oreilles des personnes qui étaient présentes.
La silhouette sur la colline émit un petit ricanement sec et traça de nouveaux gestes en marmonnant quelques paroles supplémentaires, invitant la forme sombre à faire quelques pas dans sa direction.
Et la créature obéit.
Et le sorcier émit un petit rire satisfait.... qui se brisa net lorsque l'Ombre s'étendit et balaya d'un geste large les braseros devant elle, en étouffant plusieurs. Sous le feu, l'Ombre hurla sa douleur dans un hurlement d'une puissance inouïe, rendant instantanément sourd les ouvriers les plus proches d'elle.
Et l'Ombre se mit à dévaster tout ce qui était proche d'elle, attrapant plusieurs ouvriers qui virent leur muscles se flétrir, leur peau se rider aussitôt, leurs cheveux blanchir et leurs dents tomber, jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que des corps désarticulés et sans vie.
Sur la colline, le sorcier émit plusieurs ordres, et les dispositifs installés sur les tours en bois entrèrent en action. De nouveaux braseros s'allumèrent, et des plaques de métal bombées, sur lesquelles plusieurs symboles étaient gravés, captèrent la lumière des brasier pour projeter sur l'Ombre des faisceaux de lumière intense.
Sous cet afflux de photons, l'immense créature hurla une deuxième fois sa douleur, ce qui ne fit que la rendre encore plus furieuse. Ignorant les multiples brasiers qui l'entourait, elle se précipita sur la tour la plus proche qu'elle secoua comme une forcenée avant de la broyer à l'aide de plusieurs pseudopodes sombres.
Elle avait alors déjà diminué un peu de taille et entamait sa deuxième tour. Le sorcier dévala la colline pour plonger vers la plaine et rejoindre les pylônes. Le repérant, l'Ombre cessa d'émietter la tour pour se diriger vers lui, et lança l'un de ses pseudopodes à l'attaque.
L'armure du sorcier réagit aussitôt et de nouveaux glyphes étincelèrent, formant un bouclier d'énergie autour de lui. Le pseudopode se brisa en rentrant en contact avec l'énergie, avec le bruit d'un claquement sec de même intensité qu'un éclair.
Loin de l'arrêter, l'Ombre redoubla son attaque en se jetant de toute sa taille sur le bouclier d'énergie, qui se mit à faiblir. Le sorcier arrêta sa course un instant, traça rapidement quelques signes, et la plaine fut instantanément illuminée comme si le soleil était à son zénith durant un dixième de seconde, dans le même claquement sec de tonnerre.
L'Ombre en fut aussitôt paralysé, et il était clair que sa taille comme sa densité avait diminué. Mais elle était toujours là et commença à se ressaisir.
Le sorcier arriva au pied des pylônes et prononça à toute vitesse une nouvelle incantation. La cire qui recouvrait les symboles sculptés dans les pylônes éclata aussitôt et vola dans la plaine. Les symboles qui étaient maintenant apparents étaient clairement rougeoyants, au point que la pierre qui les constituaient commençait à fondre.
Puis des crépitements d'énergie et des éclairs apparurent sur les colonnes de pierre, en même temps que la zone noire au centre commençait à se refermer.
Alors l'ombre se coucha et émit un gémissement d'agonie, perdant de plus en plus de sa substance.
Avant que le trou noir ne soit complètement refermé, un rire moqueur et saccadé se fit entendre dans la plaine, auquel le sorcier réagit aussitôt en proférant des menaces et des injures.
Puis le trou noir se referma, et le corps de l'Ombre commença à disparaître, laissant le sorcier seul au milieu d'un champ de ruines, à genoux et secoués de sanglots et de spasmes.
Les ouvriers s'étaient enfuis comme les contremaîtres, et personne ne vint lui porter secours, soutien ou assistance ....