Lieu : Station spatial relais « Citadelle »
Membre d’équipage à bord : 409
Situation : Aucune
Heure : 2h00… 2h01
Point de vue : Commandant Didier ElcorLe commandant regardait un rapport sur son bureau. Il était fatigué… fatigué…
… dormir…
…
« Commandant… commandant… ?… Didier ! »
…
« Bordel ! DIDIER !!! »
Le commandant se réveilla d’un coup sec, une main sur son épaule qui le brassait comme évadé de l’asile. La tête entre ses bras, il s’empressa de garder un peu de dignité devant la personne qui était son second. Cependant son visage, encore endormi, trahissait son état précédent. Les paupières tombées au ras du sol, les cernes particulièrement colorées, il ne faisait pas que se reposer les yeux.
« Did… Commandant… quelques papiers à signer pour vous. »
Le vieux chef, il était âgé d’au moins 71 ans, ne jeta qu’un cou d’œil à la petite pile de dossier que lui apportait son second. Il se mit à réfléchir un instant, cherchant ses mots, puis il se lança à l’assaut.
« À cette heure ? Aussi tard dans la nuit ? »
« Commandant, il est 8h. »
Sans trop savoir où il en était, il chercha d’abord ses lunettes, il faut dire qu’il souffrait de presbytie, qu’il trouva sur ses genoux en sens inverse. Il les brandit devant lui et vers l’éclairage du bureau. Il analysa chaque minuscule tâche ou poussière, celui-ci se demandait toujours comment il les voyait vu son état de vison, et jeta l’un de ses main dans sa poche pour trouver sa serviette. Il prit soin de nettoyer délicatement le verre de ses lentilles, puis il mit son outil de vision en place.
Sa montre était placée à son poignet, d’un style moderne, avec les aiguilles des heures et des minutes. Bien qu’elle fût quadrillée selon le cadre horaire de la planète, c’est-à-dire 24 heures, le bas de son cadran était ornementé d’un appareil numérique.
Depuis longtemps le commandant s’était refusé d’analyser les aguilles de son cadran, il y prenait trop de temps pour savoir son heure, il se rabattait donc sur l’horloge numérique. Il avait d’ailleurs, récemment, eu la brillante idée de changer pour un appareil complètement numérique, mais chaque fois que venait le temps d’y penser, il ne s’en souvenait plus.
Finalement, et heureusement pour le second qui attendait déjà depuis quelques dizaines de secondes, il s’eut enfin la vérité…
« Euh… Oui. Merci bien capitaine… »
« Major… »
« … Major Minstermad… je vous rappelle quand j’ai fini. »
Suivit d’un salut militaire traditionnel, le Major délaissa son commandant dans la pièce. Le vieux militaire était maintenant seul à pouvoir réfléchir. Son Major était un « vieil » ami, il l’avait choisi il y a quelques années pour venir servir avec lui cette station de relais. La formalité du salut n’était donc pas nécessaire, mais l’Amirauté était quelques peu nerveuses des changements galactiques ces temps si. Pour garder son personnel alerte, elle avait dû forcer un peu la main à son personnel pour rester sous le protocole militaire. Didier trouvait cette action plutôt inutile, mais il avait remarqué que ce ne fut pas déplaire à son second.
Point de vue : Major Florent MinstermadC’était le pire commandant qu’il avait eu de toute sa vie ! Un bon ami, peut-être et encore, mais un dirigeant militaire, quel blague ! Il n’était plus fait pour être militaire depuis des années : il était devenu sénile, il avait la mémoire courte et presque aucun réflexe. En dix ans « d’amitié », il le trouvait bien trop doux, trop amical, trop peu sérieux, trop peu professionnel.. trop… tous ces défauts le rendait incapable pour son poste !
Quand le commandant le rappela avec l’interphone, il se demandait parfois s’il était vraiment capable de s’en servir, il ne reste que quelques secondes avec lui. Il était tellement stupide qu’il ne flairait pas l’odeur de corruption que le Major Florent dégageait, il ne voyait même pas les papiers qu’ils signaient étaient truffés de cargaisons illégales et de contrebande. Un plus pour lui, un pour son « ami ».
Une fois ses documents en main, il déposa certains documents au contrôleur et redistribua les autres aux personnes concernés dans le plus grand professionnalisme. Lui au moins, il en avait ! Il se dirigea ensuite vers l’un des hangars, le trois s’il ne se trompait pas, où il attendrait sa cargaison. En fait, la station était tellement grande qu’à la fin, il n’attendit pas une seconde : il étaient déjà là.
« Cargo
Hydre ? »
L’homme devant lui se passa de commentaires. Il avait l’air bête et aucun air d’enjouement. Un peu comme lui, mais lui au moins était enjoué dans ce qu’il faisait, si on omettait de mentionner la contrebande.
« Oui. Votre cargaison est train d’être débarqué du navire. »
« Changement de plan, vous allez les placer directement dans l’entrepôt trois, à quelques sections d’ici. »
« C’est pas mon boulot. »
« Maintenant, si ! »
Le capitaine du transporteur le regarda d’un air meurtrier : il n’était sûrement pas facile énerver ce type. Après quelques secondes, il laissa tomber : il avait devant lui un militaire bien placé et il ne voulait pas avoir d’ennuis. Cependant, il n’était pas au courant de la cargaison, et comme il n’avait pas eu de réponses des clients qui lui demandaient son service, il se rabattu tranquillement sur le second.
« Vous savez ce qu’il y a dans ses caisses ? »
L’officier Minstermad ne répondit pas à son interlocuteur. Il savait que la marchandise était déjà illégale, des armes au plasma, et qu’elle prenait beaucoup de place et cela simplement pour un seul conteneur : il devait faire plus d’un mètre de haut et par le double pour la largeur et la longueur. Aussi, finalement, feignit-il qu’il ne savait rien.
« J’en ai aucune idée. Moi je transmet les rapports, je ne les lis pas… »
Puis, après quelques formalités protocolaires, il laissa, contenté, les ouvriers du vaisseau travailler pour lui. La corruption, ça marche, surtout pour gagner rapidement de l’argent !